Rave, le chef-d’œuvre d’Hiro Mashima

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Mon premier contact Rave remonte au lycée dans les années 2000. Un copain de classe m’avais gentiment prêté les premiers tomes et j’ai rapidement accroché. Quelques années plus tard j’ai réussi à rassembler les 35 tomes que comporte la série et je les ai englouti d’une traite. Mon souvenir ? Grosso merdo, une aventure épique, un final un peu décevant. Après avoir hésité plusieurs fois à me séparer de la série, j’ai voulu la relire pour voir ce qu’il en était presque 20 ans plus tard, et c’est globalement très positif.

Je sais que Mashima est assez controversé aujourd’hui, et j’avoue que le fait d’entendre parler souvent de lui sur les réseaux sociaux m’a motivé à découvrir son œuvre dans son entièreté. Et il m’a semblé logique de commencer par sa première série phare considérée par beaucoup comme la meilleure. Surtout que je sais l’avoir apprécier à l’époque, tandis que je n’ai jamais lu Fairy Tail, ni Edens Zero. Vu comme le manga est vieux, je vais me permettre de spoiler dans tous les sens. Le but de cet article est de rendre hommage au premier blockbuster de Mashima et pour ça, je détaillerais certains moments que je trouve absolument incroyable, tout comme ceux que je trouve moyen voire même inintéressant. Mais il faut savoir que décortiquer ainsi une œuvre est un première pour moi, là où normalement je ne fais que donner un avis personnel et succinct, mais ce fut très agréable. J’espère surtout que cet article vous donnera envie de découvrir l’aventure car elle en vaut vraiment le coup. C’est parti !

Une première partie de qualité

Rave raconte l’histoire d’un jeune garçon banal qui veut sauver le monde ! Ah, original ça, merci Mashima de ta créativité. Plus sérieusement cette intrigue bateau au possible des guerriers de Rave contre Demon Card et ses Dark Bring va servir de prétexte pour nous raconter une aventure épique et des personnages pour la plupart intéressants et drôles. Rave est un shonen boosté aux hormones comme peuvent l’être Naruto ou One Piece, mais ce nekketsu est soutenu par une grosse dose d’humour, de gros boobs, et au passage d’un scénario époustouflant. Mashima réussi à développer ses personnages en les mettant au service de son récit et en rendant certain d’entre eux complètement inoubliable. Beaucoup critique le début très lent du manga, mais je ne suis pas vraiment d’accord. L’intrigue se met en place doucement en introduisant les personnages les plus importants. Elle pose les bases d’un scénario qui va se développer lentement mais surement tout au long des 35 volumes pour un final auquel je ne m’attendais pas du tout et qui m’a laissé pantois plus d’une fois. Je dirais même que je trouve le premier arc exceptionnellement bon. Tellement que ça ne m’aurait pas surpris que tout s’arrête au tome 9, qui correspond à la bataille finale entre les deux Gale. Tout y est, boss squad du grand méchant à se farcir avant d’accéder au dernier étage, le père et le fils qui se retrouvent après une dizaine d’année, et les amis de notre héros qui se mettent en quatre pour lui permettre d’accéder au combat final. Même si tous les Rave ne sont pas encore rassemblés (on ne sait pas à ce moment que les sinclair peuvent l’être également), la guerre entre les Rare Globe et les Glory est fini, Haru a retrouvé son père et comprends pourquoi il les a abandonné lui et sa sœur il y des années. Mais ce n’était au final qu’une mise en bouche d’un scénario encore plus vaste, plus riche et plus cohérent.

Deerhound m’a filé des frissons
Le chapitre entier était incroyable

Au service d’un tout très cohérent

Une fois l’intrigue autour des deux Gale terminée, c’est quasiment un nouveau monde qui s’offre à nos héros. On découvre que Demon Card n’est pas la seule grande organisation criminelle à la surface du globe, et des méchants plus méchants et plus forts que King apparaissent. Notamment son fils Rushia qui lui volera la vedette, que je n’aime pas du tout au passage. Je comprends l’intérêt scénaristique de maintenir la dualité entre les Rare Globe et les Glory mais je trouve le personnage de Rushia inintéressant. On le parachute (littéralement) dans le récit et en un clin d’œil il devient l’ennemi numéro un du gouvernement et le nouveau patron de Demon Card sans que l’on connaisse son curriculum vitae. Bref. Heureusement que d’autres nouvelles têtes comme Shakma ou Ogre réhausse un peu le niveau. Dans cette partie la rencontre avec de nouveaux ennemis nous permettra d’en apprendre plus sur le lore des héros avec Elie qui retrouve la mémoire ou encore Musica qui réalise le vœu de son maître en détruisant le Silver Ray. C’est également dans cette partie que se développent de petites ellipses qui aident l’histoire principale à se mettre en place. Elles pourraient presque être une histoire dans l’histoire tellement c’est développé, intense, et encore une fois cohérent. Je pense notamment à l’histoire de Sieg Hart qui devient un traître auprès des siens avant d’en devenir le sauveur suite à son sublime combat contre Haja l’infini. Le magicien sera d’ailleurs magnifié dans l’avant-dernier arc en donnant sa vie pour sauver celle qu’il voulait éliminer au début de l’histoire. Je me rends compte en écrivant que c’est impossible de toutes les citer tellement elles sont nombreuses et tellement imbriqués les unes aux autres. Elles mériteraient presque chacune un article dédié. Mais ce qui est sûr c’est que Mashima est capable de faire passer de grandes émotions aux travers de ses petites cases. Je pense notamment au tout début du manga où Deerhound réprimande Haru, ou encore quand Elie attrape le visage d’Haru pour lui parler droit dans les yeux. J’ai carrément eu l’impression qu’Elie me parlait à moi le lecteur, c’était assez inattendu. L’autre scène qui m’a piqué les yeux, non pas parce que c’était moche mais parce que l’émotion est montée d’un coup, c’est la danse d’Elie au concours de Ribeyla. Le fait que le couple de personnage âgées se remémorent la danse de Resha et l’assimile celle d’Elie rends la scène incroyablement forte. La dernière qui m’a mis un peu à l’envers c’est quand Shiba boit la potion qui le condamne pour se battre contre Haru. Quand ce dernier attrape par le col Alice, et que lui-même se met à pleurer car il l’a fait un contrecœur m’a fait mouillé un petit coin de l’œil. Mais avant d’entrer dans le détail de ce que je considère comme le meilleur moment du manga, on va rapidement parler du fan service pour lequel Mashima est souvent critiqué.

On dirait pas qu’elle essaie de nous parler ?
J’ai failli finir comme lui en lisant cette case

Des boobs et des maillots de bain

On sait tous que les japonais ont un problème avec la nudité et le sexe, et qu’ils ont tendance a extravertir leur personnage. Rave et Mashima ne font pas exception, et si l’exercice peut parfois me gêner, comme par exemple la poitrine beaucoup trop généreuse de Pyra et Mythra dans Xenoblade Chronicles 2 dont je n’ai pas compris l’intérêt en plus de 100h de jeu, les formes pulpeuses d’Elie, Reina ou Julia ne m’ont jamais choqués ou mises mal à l’aise. Je ne sais pas à quoi m’attendre dans Fairy Tail et Edens Zero, mais si c’est du même acabit qu’ici, j’en serais ravi, car c’est juste ce qu’il faut. Alors au début c’est même que dalle, car les dessins balbutiants de Mashima ne mettent pas vraiment en valeur les personnages féminin (ou plutôt il les met en valeur mais c’est pas spécialement réussi), mais comme beaucoup de mangaka, plus son trait s’affine et s’améliore, plus les seins grossisses et les tenues se raccourcissent. Et pour ma part, je suis littéralement tombé amoureux d’Elie et ce, dès le début. Je trouve le personnage magnifique, physiquement comme psychologiquement. Ces traits ont vraiment quelque chose de particulier que je ne retrouve pas chez les autres bombasses du manga. Toutes ces bombasses sont d’ailleurs souvent misent dans des situations grotesques qui permettent à Mashima de les dévêtir toujours plus pour les mettre au service de gags plus ou moins bien trouvés. Et c’est pour moi un autre point fort du manga dont on va parler maintenant, l’humour !

Un humour omniprésent

J’ai trouvé la plupart des gags de Rave très drôle, des fois simplement avec une tête d’Haru ou Musica déformé par la surprise. Les dessins en deviennent moches, tout comme pendant leurs danses ridicules, mais cela fonctionne très bien sur moi, au point d’avoir pouffé de rire plus d’une fois. Si Rave peut me faire rire au détour de quelques cases bien pensés, il le peut également sur des chapitres complets. En effet, comme pour s’accorder une pause de temps en temps, Mashima nous propose quelques chapitres durant l’aventure ou tout n’est que gag et pitrerie bon enfant. Je me rappelle surtout du moment où Alice inverse le corps et l’esprit des héros. Musica qui se retrouve dans le corps d’Elie, se touche les seins avant de se rendre compte que son propre corps possédé par Plue est sur le point de manger un insecte. J’ai également beaucoup ris quand Shuda annonce qu’il s’est tapé la sœur d’Haru, et qu’il veut se battre contre quiconque dirait du mal d’elle. Maintenant qu’on a bien rigolé avec des boobs et des blagues à deux balles, on va revenir sur ce qui fait que Rave est un grand manga au travers de 3 chapitres qui m’ont mis KO, autant sur le fond que sur la forme, autant sur l’action que sur la réflexion. C’est très personnel, mais je trouve qu’il est le plus représentatif de ce que Mashima peut faire passer dans ce shonen, se répétant à plusieurs reprises mais sans jamais égaler ce moment de grâce qui revient à un personnage que j’ai détesté au début du récit, pour peut-être l’aimer plus qu’Elie à la fin.

Les liens argentés, le tournant du manga

Remise en contexte rapide : Le père de Reina, Silver Claimer comme sa fille, a créé un vaisseau de guerre qu’il baptise le Silver Ray. Le roi d’Ernadia s’en approprie contre son gré et l’utilise à des fins génocidaires. Plus tard, lorsque le vaisseau sera volé, le créateur du Silver Ray sera empiriquement accusé et torturé, succombant à ses blessures. L’Histoire et Reina retiendront que le voleur est un certain Rizé, le maître de Musica. C’est dans le chapitre 88 que nous apprendrons que Musica et Reina ont un morceau de passé indirectement en commun : tout deux cherchent le Silver Ray. Musica veut le détruire, Reina le protéger. Reina veut venger son père, Musica veut respecter la promesse faite à Rizé. Il n’en faut pas moins pour faire des deux protagonistes des ennemis naturels que tout opposent. Mais au delà de leur dualité intéressante, c’est l’évolution de Reina au fil des rencontres avec l’ancien voleur qui m’émouvra particulièrement. Un coup de génie de la part de Mashima qui m’a touché comme nul autre mangaka. Car rappelez-vous, la première apparition de Reina nous décrit une femme fatale et dévoreuse d’homme. Si bien qu’elle est capable de séduire très ouvertement Sieg Hart, et ne pas hésiter une seule seconde à lui planter une épée dans le dos l’instant d’après. Un comportement détestable pour un personnage détestable. Mais plus l’intrigue avance, plus elle se frotte à Musica, et plus elle évolue positivement. Et pas seulement parce que c’est une méchante qui devient gentille. Cela arrive à de nombreux antagonistes dans l’œuvre, mais aucun autre n’a eu autant d’impact. Alors pourquoi et comment se passe cette rédemption ?

Cette Reina, je la laisse à qui la veux.

Complètement infecte à l’origine, elle commence au chapitre 126 à baisser sa garde psychologique lors du premier affrontement entre les Oration Seis et les guerriers de Rave au royaume de Symphonia. Au terme d’un combat qu’elle mène sans peine contre Musica, ce dernier sème le doute dans son cœur en lui révélant que le voleur du Silver Ray n’est pas Rizé, et que sa haine envers lui et son maître n’a pas lieu d’être. Une fois sa carapace fissurée, elle se brise complètement lors de leur nouvelle rencontre à l’intérieur du River Sally. Le vaisseau de guerre d’Ogre s’avère être finalement le Silver Ray tant convoité par nos deux héros. Leur alliance pour leur survie face à Ogre anéanti une fois pour toute la carapace de Reina, qui se donne totalement à Musica en lui accordant une confiance absolue afin d’apprivoiser les liens argentés. Un technique que seuls deux Silver Claimers peuvent effectuer à condition d’être parfaitement en phase l’un avec l’autre. Et comme si ça suffisait pas, au pied du mur elle décide de se sacrifier pour détruire ce qu’elle voulait protéger à tout prix, et ce, dans le but de sauver Musica. La petite phrase qu’elle prononce sur la case plus bas prends tout son sens à ce moment-là et évoque une rédemption définitive comme je n’en ai jamais vu dans un manga. Ici, pas question de remords ou de regrets de ses actions passés, ni prise de conscience du bien ou du mal. Mashima nous laisse simplement entrevoir la libération totale d’une femme qui réveille ce qu’elle a de mieux en elle grâce à la relation de confiance qu’elle a développer avec Musica depuis le début de l’aventure. La lecture de ce chapitre ne m’a pas laissé indifférent et a marqué pour moi un avant et un après concernant Rave, mais également pour les mangas dans leur ensemble. Pourtant j’en ai quand même lu pas mal depuis mon enfance (dont Rave d’ailleurs), mais j’imagine que ma propre évolution y a pour beaucoup contribué.

Cette Reina, c’est où elle veut,
quand elle veut.

Des révélations géniales pour une fin peu inspirée

J’en ai déjà parlé plus haut, le scénario est un des points forts du manga. Le fait d’impliquer l’histoire de la plupart des personnages dans un tout maitrisé de bout en bout donne une consistance incroyable au récit. Et ce récit, je l’ai adoré, en grande partie grâce aux deux twist scénaristiques fort dans les derniers tomes. Le premier concerne l’histoire d’Elie/Resha. Le retour dans le passé pour se rendre compte que Resha a misé sur l’avenir pour sauver leur monde m’a complètement retourné. Le second concerne ledit monde qui serait factice. Un monde parallèle dans lequel vivent nos héros qui doit être détruit à tout prix. Pourquoi ? Pour que le monde revienne à ce qu’il devrait être : détruit ! J’en reviens au personnage de Rushia que je n’aime pas vraiment, au même titre que le prétexte qu’il utilise pour détruire le monde avec l’Endless. Je suis vraiment déçu que l’antagoniste principal et ses motivations soient aussi pauvre tant le reste est génial. Au même titre que le combat final d’ailleurs, j’ai trouvé ça convenu au possible avec un Haru qui sort vainqueur d’un combat désespéré mais où tout le monde meurt pour être ensuite ressuscité. Ok, un an plus tard pour Haru, quel suspense. Merde, on est pas dans Dragon Ball ! Alors c’est sur que c’est cool car Mashima a pu rendre excellent des personnages comme Let qui se transforme en dragon, ou encore le jeune Nibel qui utilise un sort interdit, tout deux sacrifiant leur vie au passage. Toute façon on s’en fout, on les ressuscitera après ! Bref, vous l’avez compris c’est pas ma partie préféré. Je peux pas dire non plus qu’elle est nulle, mais je ne la trouve pas au niveau du reste, tout simplement.

Rave, j’en veux encore

Pour conclure ce pavé monumental qui est une première pour moi, je dirais que Mashima a frappé très fort pour son premier titre à succès. J’ai entendu dire que ses autres œuvres sont beaucoup moins sérieuses et plus légères que celle-ci. J’avoue que ça me fait un peu peur, et j’aurais même tendance à zapper Fairy Tail pour attaquer directement Eden Zero qui me parle un peu plus sur le papier. Mais si c’est un dixième aussi solide que Rave, ce sera pour sûr une excellente aventure !

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